plusieurs pays européens ont arbitrairement déclaré « sûrs » un certain nombre de secteurs de l’Afghanistan, en misant sur une « option de déplacement à l'intérieur du pays ». En d’autres termes, les pouvoirs publics reconnaissent que la province d’origine de la personne est dangereuse, mais lui demandent d’aller vivre ailleurs dans son pays. Plusieurs pays européens considèrent par exemple que Kaboul est un endroit sûr. Les rapports de la MANUA notent pourtant que la capitale et, dans une moindre mesure, sa province restent la zone la plus meurtrière du pays pour les civils, concentrant 19 % des victimes civiles recensées sur l’ensemble du territoire afghan. Le principe même de l’« option de déplacement à l'intérieur du pays » et à la fois contestable sur le plan juridique et, dans le cas de l’Afghanistan, fallacieux au niveau de son application. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a exprimé de fortes réserves à propos d’un concept qui n’est pas fondé aux termes de la Convention relative au statut des réfugiés. Qui plus est, les rapports de l’ONU et d’autres spécialistes montrent bien que tout le territoire afghan, du nord au sud et d’est en ouest, est touché par les attaques contre les civils et les atteintes à la sécurité. La situation sécuritaire est précaire et les multiples groupes armés opérant dans le pays cherchent à conserver, à prendre ou à reprendre tel ou tel secteur du pays. Aucune « option de déplacement à l'intérieur du pays » n’est honnêtement envisageable. La volonté des pays européens d’expulser des personnes jeunes et vulnérables témoigne bien de leur détermination à renvoyer les Afghans chez eux sans tenir compte de l’insécurité généralisée qui règne sur place. Parmi ces jeunes figurent des enfants non accompagnés, ainsi que de jeunes adultes qui étaient eux-mêmes des mineurs non accompagnés quand ils sont arrivés en Europe. En Afghanistan, les enfants sont exposés aux mêmes dangers que les adultes, ainsi qu’à des risques supplémentaires, dont les autorités européennes sont bien conscientes. Financé par l’UE et géré par l’OIM, le « Programme pour l’Afghanistan du Réseau européen de réintégration » reconnaît la vulnérabilité particulière des enfants non accompagnés renvoyés d’Europe, notant l’absence totale de législation nationale organisant leur prise en charge, ainsi que d’ONG locales ou internationales à même de leur apporter un soutien.